Thierry Courtadon

 


 

La pierre au bout des doigts

 

 

Un matin, à l'heure du café de chantier - avec une eau tirée de la scie et donc nourrie de quelques morceaux de caillou, c'est agréable (!) - dans l'atelier, là-haut, gare de Volvic.

Là-haut, où Jean-Louis Courtadon a fait sien le métier de pierreux en reprenant, voilà quelques années..., le chantier de son beau-père. Ca caille, comme souvent. La conversation réchauffe. Elle s'agite autour de tout et de rien. Le commentaire des nouvelles extraites du quotidien régional. Et Thierry, son fils, de dire: J'ai lu dans la pierre... Un acte manqué ou magnifiquement réussi. Il lève les mains pour se protéger de la volée de railleries qui va s'abattre sur lui après ce lapsus et dévoile des paumes crevassées, sèches, qui disent tout le reste de l'histoire. Mais, réellement, oui, Thierry a lu dans la pierre, celle-là même que d'aucun disent triste parce que noire. La couleur des couleurs veut dire tellement de choses. Il a lu comme personne jusqu'alors. A compris que dans les veines de la trachy-andésite, le sang qui coulait ne demandait qu'à être régénéré. Dans le plus pur respect de la tradition, la pierre a raconté une histoire incroyable. Elle est devenue dentelle notamment. S'est mise à bouger, au sens propre. Qui avait vu cela avant ? Un ressort en Volvic ? Personne. Entre tradition et modernité. Entre funéraire et cette sculpture que Thierry Courtadon a réinventé. Entre ses mains ; les griffes d'un savoir-faire qui depuis ne cesse d'évoluer.

Et si celui qui se veut artisan plus qu'artiste - certainement par respect pour les valeurs d'un métier et de ses hommes - ne se souvient pas du premier pas, de ces premières armes, c'est simplement parce qu'il avait quelques mois lorsque ses yeux découvrirent la nuance entre gris clair et gris foncé. Imprégnation. Plus les histoires sont belles, moins les gens y croient. Celle-là ? Toute simple. Évidente presque. Les beaux arts à Lyon donnent de l'épaisseur à l'apprentissage sur le tas. La première stèle sculptée à douze ans n'est qu'un souvenir. La réalisation du logo le plus connu à travers le monde, le Bibendum de Michelin, en pierre de Volvic (installé sur le site des Carmes à Clermont) en 2002, marque une étape décisive. Désormais, l'Atelier Courtadon, tout en veillant à rester de taille humaine, travaille à l'international : Australie, Japon, Emirats arabes unis, Suisse, Allemagne, etc. Sans oublier un instant ses racines.Un monde dont le cœur bat au cœur du Puy-de-Dôme, de la chaine des Puys.

 

 

Julien Dodon

 

 

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